Et un jour, je te dirai la vie
Telle qu’elle s’est écrite
J’y peux rien si tu n’as rien compris
Ma place était complète au milieu de ta misère inscrite
Moi, j’aurais voulu te proposer
Un futur de soleil et de bonheur
Mais ayant trop de choses à traîner, j’ai pas osé
Et je te laisse à ta rancœur
Je te laisse vivre mais j’ai gardé ton cœur
On ne sait jamais, je te le rendrai un jour
Quand tu auras besoin d’amour
Tu sais, Caro
J'ai parfois les lignes mais pas les mots
J'ai parfois les notes mais pas le piano
Tu sais
J'ai parfois le coeur mais pas le cerveau
J'ai parfois les signes mais rien ne vaut
Ton corps en violoncelle
Tes seins en notes plurielles
Ta bouche qui ne dit mot
Même que l'histoire n'est pas belle
Même qu'elle soit pleine de fiel
T'es mon enfant du rien
Mais t'es mon enfant tout court
Tu me détestes, je sais bien
Mais moi, qu'ai-je fait pour ?
Rappelle-toi cette nuit misère
Tu étais seule pour faire ou défaire
Pour pas me mentir
Pour pas le vomir
J'ai vu ce visage plein de sang
Des jours, des nuits, des rêves durant
Et pourtant
Je n'en peux plus vraiment
De pas te sentir comme avant
Parce que tu sais, maintenant,
J'ai parfois les gestes mais pas l'amour,
J'ai parfois l'envie mais pas les gestes,
J'ai parfois l'amour qui se déleste,
J'aurais mon rien pour toujours
J'ai ce vide en moi, ce néant de désir
Alors tu vois, Caro
J'ai beau me dire qu'il ne faut pas revenir...
...
Alors tu sais, Caro
Je vais partir sans dire
Un mot
Tilou, Orléans, le 19 février 2007
Et moi, j'ai l'impression de ressembler à un épave
J'ai le coeur qui tangue, qui s'accroche à d'autres
Et je ne sais pas où je vais, il me semble
On dirait ma tête, le temps ne la lave
Comme si tes blessures je voulais les garder comme les nôtres
Et ce soir, je suis devant ce bout de papier
A noter avec mes larmes, l'impossible à crier
Non je ne veux pas te haïr, je ne veux pas te détester
J'ai envie d'écrire, de mettre dans mes mots
L'indicible dont on ne pourra jamais se délester
J'ai envie de te voir et te serrer dans mes bras
Etre le buvard de ta folie et de tes maux
J'ai envie de rester une partie de toi
Les mois, ils passent
Ils me lassent
C'est ton image qui m'enlace
Je ne peux t'ôter de moi
J'étais comme une partie de toi
Sans toi, je ne suis plus moi
Et ce soir, l'encrier s'est renversé
Sur le cahier où sont consignés
Tout ce que je n'ai jamais eu
Ni le courage, ni la rage
De mettre ici ou là, là où il a plu
Et sont revenus les nuages
Les mois, ils passent
Ils me lassent
C'est ton image qui m'enlace
Je ne peux t'ôter de moi
J'étais comme une partie de toi
Sans toi, je ne suis plus moi
...
Dans la flanelle des draps
Il y a un corps qui git là
Une ombre de l'absence aux mois pluriels
Son visage n'est qu'une forme
Qui rappelle les souvenirs qui s'endorment
Il y a du feu sous le soleil
Mais plus de merveilles
Et l'on croit qu'on est là
Alors qu'on disparait
Alors qu'on s'en va
Dans le matin tout frais
On interroge le ciel
Pourquoi pas moi ?
Pourquoi pas toi ?
Et l'on part dans cette nuit qui nous effraie
Qui gommera cette vie superficielle...
Je leur mentirai
Je te le promets
Je leur conterai
Ce rêve fragile
Ces désirs futiles
Ce rêve d'amants
Ce voeu de l'amour
Cette idée de toujours
Un jour sûrement
Je me mentirai
Je me le promets
Je me conterai
L'histoire d'avant
Celle sans parents
Un jour oui vraiment
Je te mentirai
Je te le promets
Et je te dirai
Que je t'aimais pas vraiment
Tilou, Orléans, le 16 février 2006
Quelque part en plein coeur de Paris.
C’est la fin du voyage : les stores vénitiens sont tirées et ne laissent filtrer qu’une douce lumière tamisée. Il dessinent sur les murs blancs leurs zébrures dorées, fauves, qui donnent au studio deux pièces un air de savane, d’Afrique. On entendrait presque le bruit suraigu des criquets, le battement terrible du tam-tam, les cris stridents des guerriers sauvages partant à la mort. Je les vois couverts de leurs peintures de guerre, couverts de cicatrices sanglantes ; ils grimacent, ils dansent les ombres de l’agonie comme des branches remuées par le vent. La chaleur étouffante s’est même prise à ce jeu d’ombres chinoises. Le soleil de feu d’Afrique a jeté son âme ici. Un barrissement d’éléphant furieux retentit à travers la solitude silencieuse de la pièce. Le tam-tam résonne de plus en plus comme s’il se rapprochait puis il retombe dans le lointain. Je n’arrive pas à comprendre ce qu’il dit, pourtant je suis sûr qu’il me parle, je l’ai déjà entendu, il y a longtemps peut-être. J’ai chaud. La température ne descend toujours pas, tout devient moite, poussiéreux, sale. Venue avec sa faune et ses déserts brûlants, l’Afrique est ici. Je ne sais pas pourquoi l’Afrique : j’y pense, j’ai peur. Mes yeux ne se ferment plus. Je suis là, couché sur le canapé, trempé de sueur. Je regarde le plafond griffé par les traits jaunes de lumière. On dirait une blessure. Seul un animal fantastique par sa taille pourrait avoir entaillé la paroi pareillement. Je ferme les yeux, je préfère ne pas croiser cette créature au hasard d’un regard.
Je voudrais en finir avec cette souffrance mais je suis impuissant : c’est comme partout. Je pense à elle, si féminine, je voudrais en finir avec cette souffrance mais je l’ai tant désirée. J’aurais voulu qu’ainsi ces yeux me regardent, qu’elle ait enfin pitié. Mais elle n’est pas là. Elle restera hautaine, indifférente au monde qui est à ses pieds. Elle l’écrasera comme elle m’a écrasé. Je souffre mais c’est la dernière fois.
Soudain, je sens comme une fraîcheur qui me pénètre le cœur. Je ne regarde pas. Cette bise ne dure que l’espace d’un instant et la chaleur reprend sa place violemment comme agacée par cet intermède humain. Je pense. Le tam-tam reprend ses battements sourds, graves. Je pense à elle. Elle que je regardais depuis longtemps, elle dont j’observais le moindre geste, la moindre moue. Elle était le diable et je ne l’avais pas vu. Sa crinière flamboyante où je respirais mille senteurs exotiques, tropicales, sa douce peau de lait aux suaves saveurs orientales : tout cela n’était qu’un trompe-l’œil. La tendresse qui me réchauffait le cœur dans les mauvais jours ne préparait que la combustion suprême de mon être. Les mots doux susurrés au creux de l’oreille n’étaient que des flèches fines et acérées. Dans l’enfant ingénue que je croyais, se cachait un monstre assoiffé, malfaisant tout juste sorti des Enfers.
Mon front se perle de sueur, j’ai peine à respire, je trouve un soupçon de courage pour l’essuyer du revers de ma main. Le tam-tam s’éloigne de nouveau, ma respiration redevient régulière. Le calme africain revient. Un nouveau cri, plus lointain, résonne dans mes oreilles, angoissant, une hyène probablement. Je divague, un nouveau courant d’air, encore plus bref que le précédent, plus froid. Le tam-tam frappe, m’assourdit de son martèlement morbide. La chaleur s’est changée en feu, brûlant, dénué des volutes translucides, dansantes que l’on voit habituellement au-dessus du brasier. Je sens la fournaise qui souffle sur moi sa flamme destructrice. Je crache rouge, à chaque respiration, le liquide incandescent s’échappe me laissant vide. Elle m’a tué. Je me renverse. Mille douleurs fulgurantes m’enlacent. Je ne suis plus qu’une flamme qui se tord de douleur. Elle m’a tué. Je rampe comme une bête agonisante, marquant le sol d’une bande écarlate. J’ai envie de vomir. Elle m’a tué. Je ne sais ce que je fais, je me traîne lamentablement ; le tam-tam continue et me rend fou, la douleur s’amplifie et me rend fou. Elle m’a tué. Je ne vis plus, les images désordonnées, floues. Je me meurs ; elle et son feu m’ont consumé. Je l’aimais, je la hais. J’étais passion, elle était feu. Ma main se crispe sur le manche du couteau planté dans mon cœur.
Tilou
Le temps passe, les nuages glissent
Mais rien ne change là-haut,
Les mots les phrases vomissent
Des idées de mort, des idées de trop ;
Elle était jolie la gazelle
Quand elle courait dans la plaine,
Elle était tout au pluriel
Quand elle galopait loin de la haine ;
Un soleil tribal sur sa nuque,
Un tatouage sur les reins que l'on reluque,
Ses cheveux en bataille, son air d'enfant,
Les lèvres humides dans les ères remuant ;
Voilà c'est tout ce que je me rappelle,
C'est tout cela que je demande au ciel ;
Le temps passe, les nuages glissent,
Mais rien ne bouge là-haut,
Ce ne sont plus des idées lisses,
Des rêves embryons, des cauchemars de mots.
Un jour j'ai vu sur une plage,
Un jour de plus, sans un nuage,
Une enfant nue sans maquillage
Qui ramassait des coquillages ;
Elle était ange sans destin,
Foutue de ce rose sur ses seins,
Un petit coeur qui vous dérange,
Où sa douce main vous désange ;
Fol elle aime jusqu'au matin
De son rire clair et enfantin,
Un petit coeur qui se fait ange
Lors une langue la désange ;
Un regard doux, des yeux si sages,
Le cheveu fin tel un mirage,
Un rêve nu, daté sans âge,
Un cliché flou vide d'image ;
Elle avait ses mains vers le ciel,
Pour effleurer sa lune de miel,
Son paradis plein d'artificiel,
Cette musique aux sons pluriels ;
Elle vous fait fondre la glace,
Quand ses menottes vous enlacent,
La Nymphette venue des cieux ;
Elle vous enclot au fond d'Elle,
Quand elle demande à son ciel,
La Nymphette des fous amoureux ;
Mais la nuit et le jour ne sont plus
Décousus d'amour et d'équipées,
Et le sommeil lui s'est envolé,
Et seul l'éveil las ici s'est plu ;
Et vous pleurez vos nuits pour rêver ;
Et vous rêvez vos jours à pleurer ;
Vous étiez fou d'amour volé ;
Vous l'étiez à vous oublier ;
Enfant perdue de cet arc-en-ciel,
Des grains de sable par kyrielles
Enlisaient de cette boue de fiel,
Ses petits pieds, grains superficiels ;
Elle est la nuit pour y jouir
Elle, nectar, sublime catin,
La petite Fille du Rien ;
Elle y a mis tous ses désirs
Mâtinés d'un lit de chagrins,
La petite Fille du Rien ;
Elle est la nuit assassine,
Quand elle étouffe de ses mains,
L'aurore naissant enfantine,
D'un mensonge tout nu d'une fin ;
Elle vous dira : ce n'est rien,
Ce n'est qu'un rêve embryonnaire,
Qu'un embryon carmin vulgaire,
La petite Fille du Rien ;
Un jour, j'ai vu loin de la plage,
Un jour de moins, plein de nuages,
Une fille de maquillage,
Qui écrasait les coquillages...



