Mercredi 28 février 2007
Ne le dis pas, ne le dis à personne… Mais je crois que je penserai à jamais et toute ma vie à toi. Toi qui me rappelles tellement d’instants de délires, de moments de bonheur et d’heures d’attente. Ce n’est pas ma faute si justement, ma vie est juste faite de ces graines de minute. Ce n’est pas ma faute à moi, si mon cerveau déraille comme ce n’est pas ta faute à toi si tes failles, tu ne les vois pas. C’est comme les miennes… Même si tu ne le crois pas. Alors ne le dis pas, comme je ne te dirai pas « je t’aime » comme la première fois.
Mercredi 28 février 2007
Maman, Maman,
Dis-moi pourquoi les bateaux
Ils coulent à l'envers
Pourquoi la mer
Elle s'en fout
Elle recrache sa lave de mère

Maman, Maman
Dis-moi pourquoi les navires
Ils n'ont aucun désir
De reprendre l'amer


Tirer un trait
en pointillé
Tourner les yeux

Assassiner les sensations
Nouvellement nées


A ton coeur meurtri
A ton coeur meurtrier

Tu as violé ton coeur
Violer notre nouveau-né
Toi qui te croyais lame de mer
Qu'avait pas le désir de maman

Et je pousserai mes verres
Jusqu'à tes pieds
Pour que tu marches dessus
Ou que tu tombes à terre

Y a toujours les bons et les méchants
Toi qui regardes le monde
Avec tes yeux adolescents
Tu te crois une femme
Tu n'es même plus une flamme
Juste une fille du rien pudibonde

Toi qui remues le couteau dans ta plaie
Tu préfères oublier
Et pas cicatriser
Tu préfères naviguer de travers
De tes voiles hissées à l'envers


Et tu verras
Ma mère superficielle
Tous les mots dans ce bordel
Dans cette orgie de fiel
Que tu aimes tant

Tout implosera
T'auras son sang dans tes entrailles
Et on ira jeter ses chairs
Dans les toilettes du fond
Personne n'en a rien à faire
Pas même toi
Puisque tout le monde veut oublier

Arrête de brailler
sur l'amour
sur le respect

Enterre la vie
Et vis tranquillement notre mort

...


Tirer un trait
en pointillé
Baisser les yeux

Assassiner les rêves d'enfants
l'oublier sans l'enterrer
Mardi 27 février 2007

Il sortit sans dire un mot. Même pas « au revoir », rien. Peut-être était-il triste, peut-être pas. Il n’en savait fichtrement rien. Tout ce qu’il savait, c’était qu’il était à la fois mal et à la fois, libéré. Il était libéré d’un poids. Celui de ne pas avoir fait ce qu’il fallait pour mettre un terme à cette histoire qui ne pouvait pas se terminer bien.

Bah oui, des fois, les gens se rencontrent, ils se plaisent mais ils ne se sont pas rencontrés au bon moment. Alors ça ne peut pas marcher. C’est sûr. Mais lui, bien qu’il le sache, il ne veut pas le croire. Alors il persiste, il insiste, il patiente. C’est égoïste mais il se dit qu’il a attendu assez de temps pour vivre son histoire. Alors il marche dans la rue, la tête pleine de tout et de rien.

Rupture. C’était fait. Il ne comprenait pas. Il n’était pas triste. Mieux que cela, il avait envie de passer à autre chose. Cela faisait deux semaines déjà qu’il y pensait tout en s’interdisant de le faire. Alors, à peine au bout de la rue, il téléphona. La fille qui lui avait donné son numéro décrocha. C’était étrange mais c’était bien. La discussion fut courte et facile. Ils se donnèrent rendez-vous le soir même pour vingt heures.

Quand il raccrocha, il eut cette impression de plus être tout à fait lui. Il était libre, de nouveau prêt à être heureux, prêt à donner à qui voudra bien. Il rentra chez lui en tramway. Le temps de manger un morceau vite fait, il était presque l’heure qu’il y aille. Il rappela la fille. Précision sur le lieu de rendez-vous. Vingt minutes plus tard, il était là.

Elle aussi était déjà là. Elle était habillée en bonbon italien rose, le dos nu, les cheveux attachés en arrière. Elle était jolie et même craquante comme cela. Ils partirent en marchant tous les deux. Elle lui dit que cela lui faisait bizarre. Quand il lui demanda pourquoi, elle lui répondit que cela lui faisait bizarre de le voir en dehors du boulot. La remarque était anodine, pensa-t-il et il n’y prêta aucune attention. C’est vrai qu’après tout cela pouvait faire étrange.

Où aller ? Lui n’y avait pas vraiment réfléchi mais il pensa au bar où il avait été la première fois avec celle avec qui il venait de rompre. Etrange choix peut-être mais en attendant, il ne fallait pas chercher midi à quatorze heures, il aimait bien ce bar.

Ce soir-là, il n’arrêta pas de parler. Parler de lui et de ses petites misères. Il lui parla de son histoire qui venait de se terminer là, juste avant. Il savait que ce n’était pas forcément la chose à faire mais comme cela, c’était fait.

Elle lui raconta comment elle l’avait remarqué quand il venait tous les midis avec ses collègues de boulot. C’était étrange mais il paraissait un peu à l’écart et parfois même absent. Il paraissait gentil avec sa drôle de tête, chaque fois qu’il passait à la caisse. Parfois il ne disait rien ; parfois, il lançait un petit mot d’encouragement. A chaque fois, elle essayait de lui jeter un regard pour déceler la preuve d’un quelconque intérêt. Mais c’était difficile de se faire une idée.

Pour lui, il lui dit que le boulot, ce n’était pas reluisant, parfois même chiant. Tous les midis, dans le même restaurant, et puis, ce jour, où il eût cette petite nouveauté : une petite serveuse toute mignonne, toute gentille. Quand il passait régler, il essayait quand il n’avait pas trop la tête dans les nuages, de glisser un petit mot gentil et de lancer un regard à cette jeune fille. C’était comme ça, mais peut-être était-elle un peu jeune pour lui.

Après elle lui raconta que janvier, février, mars se ressemblèrent dans le scénario. Elle avait fini par le confier à une collègue. C’est sûr que cela pouvait paraître risible d’être en attente comme cela d’un tout petit rien. En plus, c’était vrai qu’elle n’était pas libre. Elle avait son mec qu’elle ne se résignait pas à quitter. Par défaut d’autre chose, par manque de courage, par peur de lui faire mal. En même temps, elle le connaissait bien dans tous ses défauts et ses qualités. Pourquoi aller voir ailleurs ? Envie d’autre chose ? Envie de sortir de cet ordinaire réglé comme du papier à musique ?

De son côté, il lui confia que mars fût une drôle d’histoire. Une sortie dans la semaine puis une petite amie en guise de cadeau d’anniversaire. Les choses de la vie se déroulent de manière inattendue des fois. Bon, il ne savait pas où il allait. Le problème, c’était que le contexte faisait que cette liaison devait rester dans le silence. C’était une volonté d’elle et lui, même s’il ne l’analysait pas comme ça, s’il le fallait, il était prêt à respecter cette règle.

Après les choses commencèrent de se rejoindre. Lui comprit bien les sentiments de la petite serveuse qu’elle était. Et elle comprit bien aussi qu’il n’était pas libre et qu’il était timide un peu comme elle.

Il lui raconta ensuite ses misères avec son ex : qu’elle ne voulait pas qu’on lui dise « je t’aime », qu’elle lui disait qu’il lui fallait du temps… Et que lui, même si tout était à l’envers de lui-même, il avait décidé d’être patient cette fois-ci.

Alors, elle lui dit qu’elle avait fini par remarquer qu’il avait maigri ces derniers mois. Il avait l’air malade et morose. Quand elle lui avait offert sa bière un midi, il ne l’avait même pas remarqué. Lui se rappelait de ce jour où ses collègues s’étaient moqués de lui, car comme toujours, dans sa vie de tous les jours, il passait à côté de ce genre de petites attentions.

Et puis, la conversation avançant, ils en vinrent à l’épisode du numéro de téléphone.

(à suivre)
Lundi 26 février 2007
Dans les vapeurs d’essence et d’alcool,
Dans la fumée mollasse qui colle,
Y a des joies, des peines qui s’immolent,
Ca fait des taches, des auréoles ;

On navigue bien dans les amers hics,

Quand la mer s’en revient en musique
Vider cet estuaire enfant lubrique,

Puis repart sous les tristes tropiques ;


C’est pas notre guerre aux fins tragiques,
Qu’on tourne en délires psychiatriques,

Comblant de terre les besoins phalliques ;


Lors, aujourd’hui est bien loin d’hier
Et au milieu coule une rivière,

Charriant les souvenirs magiques.
Dimanche 25 février 2007
Un jour, quand je serai grand, je saurai dissimuler mon âme à tous les gens. Je saurai mentir : dire les choses les plus belles sur des histoires d’une nuit ou d’une semaine, porter aux nues celles qui n’ont jamais commencé, graver dans le marbre et dans les rêves, celles qui se sont terminées. Un jour quand je serai grand, je serai capable d’oublier les récits d’infortune qui ne sont jamais terminés, mentir par omission et jouer les ingénus. Un jour quand je serai grand, je ne me lancerai plus sur le vélo de la vie, en lâchant le guidon et les pédales, les dents en avant et le mur pas loin, devant. Un jour quand je serai grand, je m’assiérai devant la cheminée, j’écrirai sur un beau papier blanc tout ce que je n’ai pas dit et à la tombée de la nuit, je prendrai les papiers et le stylo, embrasserai ma femme et mes marmots, j’irai vers cette commode qui porte bien son nom, y mettrai mes feuilles griffonnées et fermerai le tiroir à clé.
Ensuite, au fond de mon lit, jusqu’à ma fin, j’irai pleurer.

Tilou, Orléans, le 25 février 2007
Dimanche 25 février 2007
Effluve de la mer
qu'a bouillonné par coeur
Ca sent l'effort l'amour
En corps pendant des heures
N'oublie pas ta pilule
Sur le chemin du retour
Sinon ça fera des bulles
Qui seront pas de savon
Pourtant ç'aura un goût amer

Tu pourras tout me reprocher
Même si c'est ta misère
Au point de non-retour
J'en ai plus rien à faire
Laisse tes mensonges
A mon porte-manteau accrochés
Et pendant que j'y songe
Si tu pouvais me filer
Tes tagadas embryonnaires

Je te filerai un plan
Pour revenir par là
Puisque t'as oublié
Que c'était par ici
Qu'on a été amants
Etale bien ton mascara
Qu'on croit un peu que t'as pleuré
Ca fera un point de moins
Mais t'as déjà gagné...

...
Dimanche 25 février 2007
Cette nuit s’avance et je ne dors toujours pas ;
Je pense à mille choses et ne rêve de rien ;
La place est encor chaude et le drap trop ancien,
Il sent toujours la vie, cette mer d’ici-bas ;

Je me la rappelle, souviens-toi cette trique,
Que tu tenais sans peine enfouie au fond de toi,
Que tu voulais toujours, qui te laissait sans voix,
Comme un bateau ancré, perdu dans cette crique ;

Et tu restais blottie, accrochée à ce mât,
Attendant ce peut-être impossible : rester là,
La note qu’on promet, ce La qu’on ne tient pas ;

Et le froid me lance et j'espère encore de toi,
Toi qu’as plié cette voile comme un tréma,
Et sous les vents d’octobre, je n’avance pas.
Samedi 24 février 2007
Comment veux-tu que j'oublie ? On ne peut pas continuer une histoire si le point final n'existe pas. Même que ça serait une parenthèse, il faudrait la fermer. Comment veux-tu que j'oublie ? J'ai des habitudes des tics, des tocs... Des fois, je peux passer sur ça mais là je peux pas. J'ai des images in-vitro sanguinaires au fond du cerveau. Et même que je détourne les yeux, elles restent là. Même quand le rire des mouettes s'en vient battre dans ma tête, j'ai cette larme qui glisse le long de ma joue, pudique manifestation du tchernobyl, du tsunami qui me ravage la tête. Pôle plus ou pôle sud, pôle moins ou pôle Nord... Peu importe, c'est une question de minute, et ça durera pendant des années...
Comment veux-tu que je t'oublie alors que je n'ai eu le temps de te dire merci pour ça ?
Vendredi 23 février 2007
Maman, Maman,
Dis-moi pourquoi les bateaux
Ils coulent à l'envers
Pourquoi la mer
Elle s'en fout
Elle recrache sa lave de mère

Maman, Maman
Dis-moi pourquoi les navires
Ils n'ont aucun désir
De reprendre l'amer

Tirer un trait
en pointillé
Tourner les yeux

Assassiner les sensations
Nouvellement nées

A ton coeur meurtri
A ton coeur meurtrier

Tu as violé ton coeur
Violer notre nouveau-né
Toi qui te croyais lame de mer
Qu'avait pas le désir de maman

Et je pousserai mes verres
Jusqu'à tes pieds
Pour que tu marches dessus
Ou que tu tombes à terre

Y a toujours les bons et les méchants
Toi qui regardes le monde
Avec tes yeux adolescents
Tu te crois une femme
Tu n'es même plus une flamme
Juste une fille du rien pudibonde

Toi qui remues le couteau dans ta plaie
Tu préfères oublier
Et pas cicatriser
Tu préfères naviguer de travers
De tes voiles hissées à l'envers

Et tu verras
Ma mère superficielle
Tous les mots dans ce bordel
Dans cette orgie de fiel
Que tu aimes tant

Tout explosera
T'auras du sang dans tes entrailles
Et on ira jeter ces chairs
Dans la cuvette des chiottes
Personne n'en a rien à faire
Pas même toi
Puisque tout le monde veut oublier
Arrête de brailler sur l'amour

Enterre la vie
Et vis tranquillement notre mort
Jeudi 22 février 2007

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