Il me revient de loin, ce soir,
Le petit caillou d'enfance
Jeté si haut dans notre ciel,
Lancé si bien qu'il me fait mal;
Comme un papillon dans une toile,
Je suis prise à ton double vitrage
Qui ne sait que claquer ma vie,
Las, oui là, juste où tu bats ;
Je ne fais plus marcher
Les crabes de travers,
Je ne vais plus dans les rochers
Chatouiller les bigorneaux ;
J'ai ce caillou qui me fait mal
Il a mis en poussières
Tous nos châteaux de sable
Mais toi t'en rappelles-tu ?
Je n'ai plus que deux mains
pour réapprendre à jouer
Et poser à côté du piano
ma compo à quatre tempo
Ils me reviennent de loin,
Ces coquillages clandestins
Où l'on entendait la mer,
Où l'on imaginait ses rivages ;
J'ai traversé tes rues désertes
Croyant y trouver la source,
Mais elles n'étaient que bruines,
Mais elles n'étaient que ruines...
J'ai regardé à travers les nuages
Mais j'les vois plus
Ces foutues images,
Ce petit caillou dans notre ciel ;
Du sable dans les yeux,
Du sel dans le coeur,
Les veines au sale goût d'un voeu,
Et cette tasse qui ne noie pas la peur...
Je m'enlise pas à pas sur nos rêves incertains,
Ceux qu'on se faisait en ce tenant la main,
Ceux qu'on se disait les yeux fermés,
Au bruit du sable sous nos godasses mouillées.


