Dimanche 20 mai 2007

Quand tu recevras cette lettre, il sera peut-être trop tard. Tu seras sûrement déjà sur le départ. Je ne connais pas ta destination mais je voulais juste te dire que je t’attendrai à la gare. Je sais que ce n’est pas honnête de t’envoyer cette missive, que j’use certainement ma salive puisque je n’ai jamais été dans ton regard.

Mais je t’écris quand même ces mots, parce que je ne crois pas au destin, seulement au hasard. Je sais que ça fait un peu bazar, un peu bizarre mais je ne sais pas faire. J’aurais pu t’appeler, te laisser un message. Mais peut-être que cette lettre, je ne voulais pas qu’elle te parvienne. Je sais que les lignes de ta main ne rejoignent pas les miennes. Nos corps se sont bien enlacés, ce n’est pas le problème. Ca n’avait rien d’un rêve. Ca n’avait rien d’un échouage. Juste que les rivages ne s’ensablaient pas de la même plage.

Quand tu recevras cette lettre, il sera trop tard. T’auras les yeux tournés vers ton ciel et pas de temps, pour t’y jeter du sel. Tu es sûrement déjà sur le quai ou dans la voiture à attendre le départ. Tu regardes les gens qui se disent « au revoir » avec ce pincement au cœur, cette impression d’avoir oublié quelque chose, de ne pas avoir tout fait. C’est pour ça, que je te file ces mots que tu ne liras jamais. Je vais la poster sans y mettre d’adresse, juste un peu de tendresse. Elle fera peut-être le tour de la terre avant d’atterrir quelque part et qui sait, si dans ce rêve improbable ces mots sans espoir.

Je n’ai pas envie de demain. Je n’ai pas envie que ça s’arrête. Je vais simplement rebrousser chemin et garder dans ma main la sensation de la tienne. Je vais me repasser tes rires, je vais me repasser tes délires. Je l’ai trop aimé ce film. Je ne veux plus rien. Juste me souvenir.


http://lettresdurien.blogspot.com/2007/05/juste-me-souvenir.html
par Tilou8897 publié dans : Nouvelles
Mardi 24 avril 2007
par Tilou8897 publié dans : Nouvelles
Jeudi 15 février 2007


Quelque part en plein coeur de Paris.


C’est la fin du voyage : les stores vénitiens sont tirées et ne laissent filtrer qu’une douce lumière tamisée. Il dessinent sur les murs blancs leurs zébrures dorées, fauves, qui donnent au studio deux pièces un air de savane, d’Afrique. On entendrait presque le bruit suraigu des criquets, le battement terrible du tam-tam, les cris stridents des guerriers sauvages partant à la mort. Je les vois couverts de leurs peintures de guerre, couverts de cicatrices sanglantes ; ils grimacent, ils dansent les ombres de l’agonie comme des branches remuées par le vent. La chaleur étouffante s’est même prise à ce jeu d’ombres chinoises. Le soleil de feu d’Afrique a jeté son âme ici. Un barrissement d’éléphant furieux retentit à travers la solitude silencieuse de la pièce. Le tam-tam résonne de plus en plus comme s’il se rapprochait puis il retombe dans le lointain. Je n’arrive pas à comprendre ce qu’il dit, pourtant je suis sûr qu’il me parle, je l’ai déjà entendu, il y a longtemps peut-être. J’ai chaud. La température ne descend toujours pas, tout devient moite, poussiéreux, sale. Venue avec sa faune et ses déserts brûlants, l’Afrique est ici. Je ne sais pas pourquoi l’Afrique : j’y pense, j’ai peur. Mes yeux ne se ferment plus. Je suis là, couché sur le canapé, trempé de sueur. Je regarde le plafond griffé par les traits jaunes de lumière. On dirait une blessure. Seul un animal fantastique par sa taille pourrait avoir entaillé la paroi pareillement. Je ferme les yeux, je préfère ne pas croiser cette créature au hasard d’un regard.

Je voudrais en finir avec cette souffrance mais je suis impuissant : c’est comme partout. Je pense à elle, si féminine, je voudrais en finir avec cette souffrance mais je l’ai tant désirée. J’aurais voulu qu’ainsi ces yeux me regardent, qu’elle ait enfin pitié. Mais elle n’est pas là. Elle restera hautaine, indifférente au monde qui est à ses pieds. Elle l’écrasera comme elle m’a écrasé. Je souffre mais c’est la dernière fois.

Soudain, je sens comme une fraîcheur qui me pénètre le cœur. Je ne regarde pas. Cette bise ne dure que l’espace d’un instant et la chaleur reprend sa place violemment comme agacée par cet intermède humain. Je pense. Le tam-tam reprend ses battements sourds, graves. Je pense à elle. Elle que je regardais depuis longtemps, elle dont j’observais le moindre geste, la moindre moue. Elle était le diable et je ne l’avais pas vu. Sa crinière flamboyante où je respirais mille senteurs exotiques, tropicales, sa douce peau de lait aux suaves saveurs orientales : tout cela n’était qu’un trompe-l’œil. La tendresse qui me réchauffait le cœur dans les mauvais jours ne préparait que la combustion suprême de mon être. Les mots doux susurrés au creux de l’oreille n’étaient que des flèches fines et acérées. Dans l’enfant ingénue que je croyais, se cachait un monstre assoiffé, malfaisant tout juste sorti des Enfers.

Mon front se perle de sueur, j’ai peine à respire, je trouve un soupçon de courage pour l’essuyer du revers de ma main. Le tam-tam s’éloigne de nouveau, ma respiration redevient régulière. Le calme africain revient. Un nouveau cri, plus lointain, résonne dans mes oreilles, angoissant, une hyène probablement. Je divague, un nouveau courant d’air, encore plus bref que le précédent, plus froid. Le tam-tam frappe, m’assourdit de son martèlement morbide. La chaleur s’est changée en feu, brûlant, dénué des volutes translucides, dansantes que l’on voit habituellement au-dessus du brasier. Je sens la fournaise qui souffle sur moi sa flamme destructrice. Je crache rouge, à chaque respiration, le liquide incandescent s’échappe me laissant vide. Elle m’a tué. Je me renverse. Mille douleurs fulgurantes m’enlacent. Je ne suis plus qu’une flamme qui se tord de douleur. Elle m’a tué. Je rampe comme une bête agonisante, marquant le sol d’une bande écarlate. J’ai envie de vomir. Elle m’a tué. Je ne sais ce que je fais, je me traîne lamentablement ; le tam-tam continue et me rend fou, la douleur s’amplifie et me rend fou. Elle m’a tué. Je ne vis plus, les images désordonnées, floues. Je me meurs ; elle et son feu m’ont consumé. Je l’aimais, je la hais. J’étais passion, elle était feu. Ma main se crispe sur le manche du couteau planté dans mon cœur.


Tilou
par Tilou8897 publié dans : Nouvelles

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